Que je les écrive, que je les croque, que je les trace, que je les dessine, que je les construise, que je les grave, que je les peigne, que je les poche, que je les sculpte, que je les encode, que je les numérise, que je les mette en page, que je les imprime, que je les découpe, que je les vinylise, que je les thermoformise, que je les logotypise, que je les marketise, que je les protagonise, que je les packagingise, que je les projette, que je les néonise… en toutes tailles, toutes couleurs, toutes matières… les lettres exercent sur moi un étonnement, un questionnement, un attrait, une fascination, une passion gloutonne qui m’entraîne hors du temps.
Quand, chasseur de forme, passant avec bonheur d’une arme graphique à l’autre, je sens sous mes doigts la lettre se faire docile, le souffle mesuré, je m’applique. Je rigorise. Je régularise. J’harmonise. Je contrôle. Parfois, la donzelle se fait hostile, rebelle à ma gestuelle. Respiration bloquée, je tachycardise. De mon pinceau cette fois, c’est elle, dirais-je, qui prend le pas. Le pouls s’accélère, le geste s’amplifie. La forme se forme et se contreforme d’abondance en rareté. D’un œil l’autre, je contretype l’aspect. Je le négative, le positive. Ça volute ici. Ça empâte là. Ça attaque en descente. Les courbes rivalisent. Ça tangente à la sortie. J’externalise. Je sensualise. La lettre s’accentue, amplifie sa chasse. Elle s’idéalise, se barbouille la mine, se précise l’œil.
Suspendu ou comprimé, qu’en est-il du temps ? Je relève la virole. Toujours gorgés les poils raidissent. Je réajuste mes Ray Ban, prends du recul. Mon cœur palpite. Je suis vanné. Je suffoque d’aise… L’esperluette est née ! Elle est là ! Belle ! Pleine ! Mature ! Un fruit mûr. Une pousse spontanée. Un caractère autopeint. Une impulsion divine. Une typographie magnifique !
Merci, Charly, pour ce beau partage sur la naissance d’une lettre.